
Trauma et troubles psychologiques : comprendre le lien
Les traumatismes psychologiques ne disparaissent pas simplement avec le temps.
Un trauma non traité ne « guérit » pas tout seul : il s’inscrit dans le système nerveux
et peut déclencher, des mois ou des années plus tard, toute une série de troubles psychologiques et physiques.
Qu’est-ce qu’un trauma psychologique ?
Un trauma, ce n’est pas juste un « mauvais souvenir ». C’est une expérience qui a dépassé
votre capacité à faire face sur le moment.
Les types de traumas :
- Trauma unique : accident, agression, catastrophe naturelle, décès brutal
- Trauma répété : maltraitance, négligence, violence conjugale, harcèlement
- Trauma développemental : vécu durant l’enfance, qui affecte la construction de la personnalité
- Trauma complexe : accumulation de plusieurs traumas sur une longue période
Ce qui définit un trauma, ce n’est pas l’événement en lui-même, mais votre réaction à cet événement.
Deux personnes peuvent vivre la même situation : l’une s’en remettra, l’autre développera un trouble post-traumatique.
Tout dépend du contexte, des ressources disponibles, du soutien reçu, et de la capacité du cerveau
à « digérer » l’expérience.
Comment le trauma s’inscrit dans le cerveau
Quand vous vivez un trauma, votre cerveau bascule en mode survie. Trois zones sont particulièrement impactées :
1. L’amygdale (le détecteur de danger)
L’amygdale est la zone du cerveau qui détecte les menaces. Durant un trauma, elle s’active massivement.
Elle enregistre tous les détails de la situation : sons, odeurs, images, sensations.
Problème : après le trauma, l’amygdale reste hypersensible.
Elle continue à détecter du danger partout, même quand il n’y en a pas.
C’est ce qui explique l’anxiété chronique, les crises de panique, l’hypervigilance.
2. L’hippocampe (la mémoire contextuelle)
L’hippocampe permet de situer un souvenir dans le temps et l’espace :
« Cet événement s’est passé là, à ce moment-là, c’est terminé. »
Problème : durant un trauma intense, l’hippocampe dysfonctionne.
Le souvenir ne se « range » pas correctement. Il reste figé, comme si le trauma
était toujours en train de se produire. C’est ce qu’on appelle la mémoire traumatique.
3. Le cortex préfrontal (la raison, le contrôle)
Le cortex préfrontal permet de prendre du recul, de rationaliser, de contrôler les émotions.
Problème : durant un trauma, cette zone se désactive.
Vous perdez l’accès à la raison. Vous êtes en mode survie pur : fuite, combat ou figement.
Résultat : le trauma s’inscrit dans votre système nerveux sous forme de mémoire implicite
(corporelle, émotionnelle), sans être traité par la mémoire explicite (narrative, consciente).
Les troubles psychologiques déclenchés par le trauma
1. Troubles anxieux
Anxiété généralisée : votre système nerveux reste en alerte permanente.
Vous anticipez le danger partout. Votre amygdale scanne l’environnement sans arrêt.
Trouble panique : crises d’angoisse soudaines, sensation de mort imminente.
C’est la mémoire traumatique qui se réactive brutalement.
Phobies : peur irrationnelle d’un élément associé au trauma
(foule, noir, hauteur, etc.).
TOC : besoin de contrôle extrême pour compenser l’impuissance vécue durant le trauma.
Origine neurologique : amygdale hyperactive + hippocampe dysfonctionnel =
votre cerveau ne fait plus la différence entre passé et présent.
2. Dépression
La dépression post-traumatique n’est pas une simple « tristesse ». C’est un effondrement du système nerveux.
Symptômes :
- Perte de sens, d’énergie, de motivation
- Sentiment de vide, d’inutilité
- Idées noires, pensées suicidaires
- Incapacité à ressentir du plaisir (anhédonie)
Origine neurologique : le trauma épuise le système nerveux.
Le cortisol (hormone du stress) reste élevé en permanence, ce qui détruit les neurones de l’hippocampe
et diminue la production de sérotonine et dopamine.
La dépression est une protection : quand la survie devient insupportable, le cerveau coupe tout.
C’est une forme de dissociation pour ne plus souffrir.
3. Addictions
Alcool, drogue, nourriture, écrans, sexe, travail… Les addictions sont souvent des tentatives d’auto-médication.
Ce que l’addiction fait :
- Elle anesthésie la douleur émotionnelle
- Elle comble le vide laissé par le trauma
- Elle régule temporairement le système nerveux
Origine neurologique : le trauma dérègle le circuit de la récompense (dopamine).
Vous ne ressentez plus de plaisir naturellement. Vous avez besoin de stimulations externes de plus en plus fortes.
Le problème : l’addiction soulage à court terme, mais renforce le trauma à long terme.
Elle empêche le cerveau de traiter l’expérience traumatique.
4. Troubles relationnels
Dépendance affective : peur panique de l’abandon, besoin de validation constante,
tests permanents sur l’autre.
Relations toxiques répétées : vous attirez toujours le même profil
(manipulateurs, absents, violents). Vous reproduisez inconsciemment la dynamique traumatique.
Isolement social : vous ne faites confiance à personne. Les relations vous épuisent.
Vous préférez être seul.
Incapacité à poser des limites : vous dites oui à tout, vous vous faites marcher dessus,
vous avez peur du conflit.
Origine : trauma relationnel (abandon, trahison, abus).
Votre cerveau a appris que les autres sont dangereux ou imprévisibles.
Il reproduit ce qu’il connaît.
5. Troubles alimentaires
Anorexie, boulimie, hyperphagie.
Anorexie : contrôle extrême du corps pour compenser la perte de contrôle durant le trauma.
Boulimie / Hyperphagie : tentative de combler un vide émotionnel,
ou au contraire, auto-punition liée à la honte.
Origine : souvent lié à des traumas où les limites corporelles ont été violées
(abus sexuels, violence physique, négligence).
6. Troubles dissociatifs
La dissociation, c’est la déconnexion de la réalité : sensation d’être spectateur de sa propre vie,
perte de mémoire, dépersonnalisation.
Origine : durant un trauma insupportable, le cerveau « coupe » pour ne pas souffrir.
Cette stratégie de survie devient automatique.
Problème : la dissociation empêche de vivre pleinement.
Vous êtes là sans être là. Vous fonctionnez en pilote automatique.
Les symptômes physiques du trauma
Le trauma ne reste pas dans la tête. Il s’exprime dans le corps.
Symptômes courants :
- Fatigue chronique : système nerveux épuisé d’être en alerte permanente
- Douleurs inexpliquées : mal de dos, tensions cervicales, migraines
- Troubles digestifs : intestin irritable, nausées, ballonnements
- Insomnies : hypervigilance même la nuit, cauchemars récurrents
- Tensions musculaires : mâchoires serrées, épaules contractées
- Problèmes immunitaires : maladies à répétition, inflammations chroniques
Pourquoi ? Le stress traumatique maintient le corps en mode « combat ou fuite ».
Le cortisol reste élevé, ce qui affaiblit le système immunitaire, perturbe la digestion, contracte les muscles.
Le corps garde la mémoire : même si vous avez « oublié » le trauma consciemment,
votre corps s’en souvient.
Le cercle vicieux du trauma
- L’événement traumatique : quelque chose se passe, votre cerveau ne peut pas le digérer
- La mémoire traumatique s’installe : l’amygdale reste en alerte, l’hippocampe ne range pas le souvenir
- Les symptômes apparaissent : anxiété, dépression, addictions, douleurs
- Vous développez des stratégies de survie : évitement, dissociation, hypercontrôle
- Le trauma se renforce : plus vous évitez, plus votre cerveau confirme qu’il y a danger
- Les symptômes s’aggravent : le cercle vicieux s’intensifie
Pour sortir de ce cercle, il faut briser la boucle.
Pourquoi le trauma ne guérit pas tout seul
Contrairement à une blessure physique, le trauma ne cicatrise pas avec le temps.
Pourquoi ?
- La mémoire traumatique reste figée dans le système nerveux
- L’amygdale continue à détecter du danger
- Le cerveau évite tout ce qui rappelle le trauma
- Les stratégies de survie empêchent le traitement de l’expérience
« Le temps guérit tout » = FAUX.
Le temps permet parfois de mettre à distance, mais la mémoire traumatique reste active.
Elle peut se réactiver des années plus tard (naissance d’un enfant, deuil, séparation, etc.).
Comment traiter le trauma
Les approches reconnues :
- EMDR : désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires
- Thérapie des schémas : identifier et transformer les schémas répétitifs
- Thérapie sensorimotrice : libérer la mémoire corporelle du trauma
- TCC spécialisée trauma : reconsolidation mnésique, exposition progressive
- Psychanalyse trauma-centrée : comprendre l’origine, donner du sens
Ces approches fonctionnent. Elles permettent de déraciner le trauma,
de libérer l’émotion figée, de reprogrammer le système nerveux.
Leurs limites :
- Coût élevé
- Accès limité (peu de thérapeutes formés)
- Durée longue
- Une séance par semaine peut être insuffisante pour certains cas
C’est pour cela que de nouvelles approches complémentaires émergent :
accompagnement quotidien, reprogrammation régulière, suivi en temps réel.
Conclusion
Le trauma ne définit pas qui vous êtes. Mais il explique pourquoi vous fonctionnez comme vous fonctionnez.
Anxiété, dépression, addictions, douleurs chroniques… Ces symptômes ne sont pas votre identité.
Ce sont des réponses adaptatives à une expérience que votre cerveau n’a pas pu digérer.
La bonne nouvelle : le trauma peut se traiter. Votre cerveau peut sortir du mode survie.
Votre corps peut se libérer de la mémoire traumatique.
Il faut juste comprendre comment. Et avoir les bons outils.